vendredi 29 octobre 2010

Songs in the key of life

Dans la recherche des piliers du socle commun, il y a des monuments qui
s' imposent. En 197...4?, Paul Simon, recevant son  grammy awards, déclare qu’ il remercie Stevie Wonder de ne pas avoir sorti d’ album cette année là. On peut dire qu’ il a eu du nez. Car le prochain de Stevie, c’ est cet immense album qui contient une dizaine de chefs d'oeuvres et qui parait au beau milieu d' une époque particulièrement désertique.


Je crois même me souvenir de la fin d' un épisode de Hutch et Starsky ( ouf ! quota polonais respecté ! ) où les deux bonhommes, goutant un repos bien mérité après 45 min trépidantes, concèdent à Huggy les bons tuyaux, que,ouais, Stevie, il est quand même balèze !


un hommage à Ellington : Sir Duke :




As Tiens, il y a Herbie Hancock aux claviers.




Une excellente version récente, avant de revenir à l' originale pour gouter sa qualité :


+ Isn't she lovely,  Knocks me off my feet , Another star et .........
Ca fait quand même pas mal sur un seul album.

Tiens, à ses débuts, Stevie a même joliment repris les Doors 

Pour en savoir plus :

Et pour citer un commentateur de you-tube :
Just because a man lacks sight, does not mean he lacks vision...

jeudi 28 octobre 2010

Ornithology

Tiens ! Deux grands musiciens surnommés respectivement Bird et the Hawk...Pouvions nous décemment laisser passer cela ? Sérieusement, il y a un rapport à élucider entre le symbolisme de l' oiseau et la musique : 


Pour les français, the Hawk, c' est le faucon. Soit presque l' aigle. Plutôt noir. Donc Barbara. Mais vous connaissez tous. Donc je vous propose cette version :


Le reste de l' album est excellent. Ecoutez la Marseillaise ou I love you more...mais c' est promis : un jour viendra un post sur Jacky Terrasson.

Un crooner ordinaire roucoule comme il peut. ( J' aurais pu mettre la version de Dario Moreno.)
Parfois, il est servi par une voix extraordinaire : Souvenez-vous
S'il est permis de considérer la chauve souris comme un oiseau, nous avons également : 


Un très grand compositeur a régulièrement été inspiré par le thème de l' oiseau : Igor Stravinsky :  
Une musique pour un ballet - projet achevé -  l’oiseau de feu :
Un opéra difficilement achevé en 3 fois, écrit à 3 époques différentes, donc étrange à l' oreille car manquant d' unité, mais témoignage passionnant du work in progress chez Stravinsky : le rossignol :
L' acte II sonne différemment


Dans un souci de continuité et de cohérécurrence du blog, nous ne pouvons pas louper ceci :

reincarnation of a lovebird :
http://www.youtube.com/watch?v=eK2NnwuLA64
Ou, passée l' intro assez moyenne, on retrouve dynamique et composition à la sauce Mingus.

Gil Evans et Steve Lacy en ont également produit une version plus bluesy .

Plus tard, un guitariste au parcours étrange ( car avant d' être célèbre avec the Police, il a joué épisodiquement avec Soft Machine et même Jimi Hendrix...) nous livre sa respectueuse version :

Summers choisit de le jouer lentement, ce qui permet de bien apprécier la beauté de cette composition.
Enfin, un autre oiseau mériterait un sort spécial, c' est le corbeau : the raven :
un pan de la culture américaine, d' Edgar Poe aux Simpsons. ( cf you tube).


Une remarque a contrario : A l' époque où il réalise the Birds, Hitchcock travaille comme d'habitude avec cet immense compositeur de musiques de films qu' est Bernard Herrmann....eh bien...il n' y a pas de musique dans the birds. Vérifiez si vous voulez. 


Bon. Trève d' exemples. 
Quid du rapport entre le symbolisme de l' oiseau et la Musique ?
Il y a contradiction et frustration pour l' homme entre les limites de son corps, son assignement à résidence terrestre, et l' infini de ses désirs.
L' oiseau incarne cet idéal de délivrance, ainsi que la musique.

Au départ, il y a bien un support matériel. On peut décrire la musique en termes physiques : ondes stationnaires et fréquences.Certes, une colonne d' air vibre dans la trompette de Miles Davis.
Mais cela ne nous apprend strictement rien sur la nature de la musique car l' essentiel se joue ailleurs.
Certes c'est bien l' air qui est le domaine - l' élément- commun aux deux, mais ...




ô pauvres hommes des villes, naïfs qui croyez la musique récente, depuis combien de temps l' homme tombe-t-il en extase en écoutant ceci ?

   
                              à suivre....

mercredi 27 octobre 2010

Uccellacci e uccellini

Des oiseaux petits et grands...à vrai dire, il ne s' agit pas initialement d' un post sur Pasolini mais plutôt d' un ricochet du post précédent.
Voici un document émouvant et étonnant à plus d' un titre :


nous montre Charlie Parker et Coleman Hawkins en 1950 : Bird et Hawk.
Le hawk prend le premier solo, plutôt magnifique. Bizarrement, Parker le regarde amusé, peut être même condescendant et il le coupe avec arrogance pour jouer à sa place.
Est ce une illustration de l' éternelle querelle des anciens et des modernes? Parker pense-t-il "oh Papy, ça fait 20 ans que tu joues de la même façon, laisse la place aux jeunes, allez dégage..et écoute quand même".
J' espère me tromper.

Il nous faut décidément compter le Hawk parmi les pères fondateurs :
Voici 2 enregistrements de 1937 avec Django Reinhardt.

Out of nowhere ( patienter 1:06 et écouter début modeste puis pure poésie.)


Stardust ( avec Django )

Environ 10 ans plus tard, I love you 





Nat king Cole & Coleman Hawkins : sweet Lorraine  Oscar Peterson est ici un peu envahissant. On apprécie d' autant plus la sobriété puissante du Hawk quand vient son solo.

Jusqu' en 1965 au moins Coleman Hawkins jouera magnifiquement sur de grands disques, en particulier 
straight ahead d' Abbey Lincoln , où ses solos sont magnifiques.


Passons du ténor à l' alto et à l' autre oiseau, Charlie Parker. 
D'abord deux ballades puis deux morceaux phares du be-bop :
  ou 
Everythin' you are ( de Jerome Kern )

le morceau be-bop avec lequel souvent on terminait un concert, Donna Lee 
Là, le Bird est particulièrement bien entouré, avec Bud Powell au piano, Max Roach aux drums et un petit jeune trompettiste débutant dont j' ai oublié le nom.

Vu le titre qu'il a choisi, la quinte essence du be-bop selon Parker, c' est peut être ceci :


Nous voici presque revenus au titre du post. C' est un film de Pasolini de 1966 dont la musique est signée Ennio Morricone, dont nous reparlerons forcément : 


L' Histoire reconnaitra Pedro Almodovar dans le rôle du barman.

Toto joue aussi St François d' Assise, qui veut communiquer avec toutes les créatures de Dieu.
Il suffit de le vouloir vraiment, de patienter quelques saisons, et souvenez-vous de cette merveilleuse trouvaille de Pasolini, ici après environ deux minutes. et le premier violon de ce blog.

Ici, on n' admet que les prières qui s' élèvent directement à la verticale.
Amen.  R.I.P  Pier Paolo.

le socle commun

Il est parfois bon de revenir au fondamentaux : Dans sa tentative de réponse aux  " Qui sommes nous ?" et " Où allons nous ? " , ce blog , non ennemi de la méthode, envisage aujourd'hui " D'où venons nous ? " .
Une façon à peu près analogue de poser la question est : "Parmi ce qui est disponible sur you-tube, quels documents nous semblent particulièrement vénérables" ? ou  "Quelles grandes figures devons nous saluer ? "
ou  "Avec qui ou à partir de quand le Jazz ne peut plus être snobé car il devient un visage incontournable de la Musique ? ".
Voici donc quelques jalons de cette quête.

d' abord un blues improvisé en trio qui a l' avantage d' introduire graduellement les musiciens , témoigne de l' excellent niveau de certains musiciens de jazz vers 1950, en particulier ici le pianiste Hank Jones.


Puis vient Lester Young, d'abord avec son chapeau de Zorro.Vers 2:20, après un raccord, il a posé son chapeau et il joue, à peu près aussi souriant que Buster Keaton .


Le frère spirituel de Lester Young me semble être Coleman Hawkins :
Lui et Lester Young n'ont peut être pas révolutionné la musique, mais Dieu comme ils jouent bien ! ! !

Et puisqu' il s' agit d' évoquer ces glorieux jours anciens, j' ai choisi un très beau standard : 
"Yesterdays",  initialement une mélodie composée par le prolifique Jerome Kern.
Vers 1940, la voix de Billie est encore intacte et elle est au sommet de son art.Sublime.


Onze ans plus tard, ce sont 2 nouveaux petits jeunes qui émergent du lot : Miles Davis et Stan Getz en 1951.
  
L' époque voit jouer 2 pianistes solitaires, aveugles et géniaux : Lennie Tristano et Art Tatum.
Voici Art Tatum jouant yesterdays en 1950.


Et pour terminer deux versions de 1962- 64 par un immense guitariste autodidacte, Wes Montgomery :
d'abord une avec Wes filmé. ( On pardonnera deux approximations dans la traduction japonaise de la présentation).


La meilleure version de Yesterdays par Wes n' a pas été filmée ; mais avec un peu d' imagination on peut la mettre en ligne et indéniablement : it's a good tune.


Voilà. Peut être un titre plus approprié pour le post eut-il été "Nostalgie".
Contrairement à Simone Signoret, je risquerais " La nostalgie a été, est et sera.Car ainsi en est-il de l' Homme. Amen."

je laisse le mot de la fin en citant un comment you-tube de la vidéo de C.Hawkins :
yeah you can tell his sound in this recording is the result of a lifetime of experience.

C'est magnifiquement dit et particulièrement vrai pour Hawkins ou pour ceux ci :


Ici , Billie Holiday est accompagnée par, excusez du peu, Coleman Hawkins, Lester Young, et ce jeune blanc au sax baryton qui apprend religieusement : Gerry Mulligan.


 Si ça ce n' est pas de la beauté à l' état pur, moi, je suis la Reine d' Angleterre.
              Un des plus beaux blues jamais filmés, indeed...



                  ... to be continued...

 


mardi 26 octobre 2010

the D O O R S

Jusqu'en 1967, l' essentiel dans le rock a lieu en Angleterre.Le public y est réceptif et demandeur de nouveautés. Même Hendrix a dû s' y rendre pour percer. C' est à Londres qu' il fonde the J.H Experience avec deux jeunes musiciens anglais dont un batteur avec ce nom qui m'amuse, Mitch Mitchell....

Bon. Et puis survient en Californie ce nouveau groupe au nom oblique : the Doors.
Dès les premières mesures du 1er disque, something new is happening :


Chacun des 4 apporte quelque chose de différent et complémentaire :
John Densmore est un jeune batteur passionné de jazz et ça s' entend dès les premières mesures de "Break on through" : tiens,c'est bien un rythme de  bossa nova.
Robbie Krieger est un guitariste étonnant, plus inspiré que virtuose, amateur de sonorités tremblantes, irrésolues, parfois flamenco -le fameux arpège d' intro sur the End , et capable de véritablement improviser. ( Ecouter la qualité de son solo sur Light my fire...)
Bon et puis il y a le beau Jim.L' ange-démon Rimbaud du groupe. Authentique poète et probablement assez bon pianiste - ainsi que le révèle une vidéo sur you-tube.
La qualité de son chant n'est pas qu' un simple don tombé du ciel.Il sait poser sa voix en vrai musicien.
Il a une culture sidérante pour un jeune américain de 1965-66. Il écrit des travaux universitaires sur  Jerome Bosch ou la psychologie des foules de Gustave le Bon avant de commencer l'UCLA, école de réalisateurs de cinéma, où il sympathise avec Ray Manzarek.Ce dernier respectera notre quota polonais : il a une culture de pianiste classique, citera Chopin sur hyacinth house et fait découvrir à Jim le Mahagony de Weill et Brecht dont il reprendront le Alabama song.
Musicalement, Densmore et Krieger sont les perles rare du groupe - et se complètent merveilleusement - sur "the end" , "light my fire", "indian summer"... Manzarek est souvent plus faible ( son solo laborieux sur "light my fire") mais capable parfois de surprendre ( excellent sur "queen of the highway").

Voici un aperçu de la qualité d' écriture ( et de diction ! )  de Morrison en 1968 :
Texas Radio and the big beat suivi d' un très bon blues, Love me 2 times.


L' écriture elliptique de Morrison sur ce blues magnifique : Universal mind :
Les Doors sont suffisamment bons pour jouer leurs titres différemment d' un concert à l' autre.Dans la version ci-dessus, le pont cite Afro Blue , chanté par Abbey Lincoln ou repris et rendu célèbre par Coltrane

De Morrisson Hotel, il existe une version alternative de the spy, où la musicalité du chant de Morrison fera oublier la médiocre qualité audio.

Terminons par une devinette : laquelle des deux ballades suivantes est la plus belle ?
emblématique du style Doors, "love street" . Est-ce triste ou est-ce gai ?



Preuve qu’ il s’ agit de musique, connaissez-vous cette version pour piano seul ?

Et , pratiquement sans Manzarek, " Indian summer", avec le jeu si caractéristique de Krieger à la guitare.


Les 4 musiciens se complètent merveilleusement, comme sur Queen of the Highway, dont la musique est aussi réussie qu' originale. Les Doors aimaient travailler et tester des versions différentes de leurs morceaux : comparer la précédente à ceci ;


 à suivre...

lundi 25 octobre 2010

Filiations

On crée difficilement ex nihilo. Je crois que Jobim s' est plus ou moins consciemment souvenu de Chopin.
à moins que ce soit Jobin de Chopim.
Etirons donc l' accordéon de la Pologne au Brésil et écoutons les hommages collatéraux.
( quelle est donc déjà la phrase de Cendrars ?
"le monde est un accordéon qu' une main sadique tourmente" )

Un immense pianiste russe joue un prélude d' un romantique polonais.

(  on a déjà parlé ici de Gilels. Enfin autorisé à faire une tournée aux U.S.A avec l' autre grand soviétique, il joue en premier et avertit un auditeur américain subjugué :  "attendez d' avoir entendu Richter..." )


 Un  français d'origine juive russe  un brin irrévérencieux amoureux d' une jeune et jolie anglaise.


Bon. Je pense qu' il y a avec la suite plus qu' un air de famille.
 Un brésilien bossa et rénova si bien que
 David Lynch  insère un moment mélancolique dans Lost Highway.

Il doit exister une centaine de versions de How intensitive, parmi lesquelles : 
 Sting avec Jobim

 où Pat Metheny démontre à qui en douterait qu' il est le plus grand guitariste vivant
et Antonio Sanchez est un batteur redoutable....

Le souple  iguane  I Pop  infléchit son répertoire.

 Et pour finir  côté  Soleil levant...

le monde est une pelote ou un plat de spaghettis où la recherche de l' ordre caché commence par le choix du bon fil à tirer...

dimanche 24 octobre 2010

G E A N T

L' Esprit souffle où il veut parait-il....John Coltrane a soufflé. et c'est peu dire qu' il en est resté quelque chose.
Même quand l' idée du religieux vous a abandonné, il est de ceux dont le souffle vous font vaciller encore longtemps. Le souffle nous renvoie directement à notre respiration, à l' intimité de notre corps.Une note tenue
soufflée, une anche qui vibre , la matérialité qu' on peut entendre derrière, remue en nous plus de choses
qu' une note tenue au piano. Particulièrement quand le souffleur s' appelle john Coltrane.
Difficile de jouer sur le timbre au piano : c' est un instrument pour jansénistes spartiates.Et pourtant il y a des magiciens comme Bill Evans dont le toucher est immédiatement reconnaissable....

Comparativement, les souffleurs peuvent immédiatement sonner chaleureux (Sonny Rollins, Clifford Brown) , délicats et intimistes jusqu' à l' érotisme ( Chet Baker) , prodigieusement puissants voire prométhéens
( Coltrane, Coleman Hawkins, Dave Liebman ) ,  supérieurement libres et aériens ( Parker, Dolphy, Cannonball Adderley...) , témoigner de l' expérience d' une vie ( Lester Young, Coleman Hawkins ) ou sonner jeunes, mode et creux ( je ne citerai personne) ...

Dès 1958, Coltrane touche au sublime : la preuve : Invitation est un de ses premiers aboutissements, qui va bien au delà d' une belle ballade.
En 1965 , Coltrane grave des plages plutôt tourmentées mais aussi, par contraste, ce "Dear Lord"qui apparait d' autant plus paisible et lumineux.
On n' a pas souvent élevé vers Dieu de plus belle prière. ( Evidemment, il y eut Bach mais depuis les choses se sont quand même sacrément calmées...). En tout cas, là, ça doit décoller à la verticale....
Plénitude, solaire, radieux , sobre, dépouillé, ce qu' on voudra, mais grand.Voire Géant.

McCoy Tiner au piano n'est pas le point fort du quartette, mais bon s'il était agréé par Coltrane, je n' ai rien à dire.
Avant en 1962 , il y a ce merveilleux "I want to talk about you" , chanson sur les mêmes accords que Misty, dont une très belle version existe chantée par Ella Fitzgerald accompagnée par le seul Joe Pass à la guitare.


Ici, il reste sage et mesuré. Dans les versions ultérieures que je connais Coltrane est le seul à improviser et vers la moitié du morceau il se lance tout seul , immense, surhumain.La plus connue est celle du "Live at Birdland" mais il existe d' autres versions immenses, non filmées hélas. 

Crescent est sans doute l'album de Coltrane que je préfère...et sur Crescent , il y a the wise one.
Il prend son temps.Et c' est sublime.

Connu depuis 1955, c' est surtout à partir de 1958 qu'il ose enfin déployer ses ailes de géant et panique le pauvre pianiste qui doit l' accompagner sur le fameux Giant steps
Bravo à l' admirateur patient qui l'a mis en ligne avec les notes jouées par Coltrane défilant en temps réel sur la partition.


Et puisque je vous écris de Pologne, voici la preuve qu' il y a à Lublin au moins un guitariste capable d' improviser sur Giant steps : chapeau bas ! !


Une petite consolation : Coltrane a souvent été magnifiquement photographié.
La pellicule se souvient du souffleur graveur de "Impressions".